wetiko (vagues) variations #1 (Athènes)

 

In may, I was invited for a show GOING WHERE WE COME FROM in Athens organized by Maëlle Gross and curated by Olivia Fahmy and Myrto Katsimicha with Luc Andrié, Gilles Furtwangler, Stelios Kallinikou, Gabrielle Le Bayon, Nikolas Ventourakis and musical intervention by Theodoris Pistiolas.

 

« GOING WHERE WE COME FROM » is a performative walk by Maëlle GROSS that invites the viewer to stroll alone along the bustling streets of Kypseli.
First installed on a rooftop, the pieces were stolen during one night and found again, the day after. So we decided to install them on Maelle’s balcony for the exhibition.
The installation is part of the exhibition Going where we come from. You can see more on: https://www.filira.org/going-where-we-come-from

 

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performance of an art that never happened.
Lost art in Kypseli.
Zeus pleure pour nous aujourd’hui.
then they’re going to fire the trash, you know, to get warm.
Ouvrir un terrain de négociation. Les oeuvres ont disparu, qu’est-ce qui peut autant déranger les habitants de la maison à Doiranis 58-60?
Immersion, il pleut aujourd’hui, ça donne une atmosphère de spleen total, le voisin d’en face filme la pluie.
Une foule d’hommes cagoulé marche silencieuse dans la rue à Exarchia. L’un d’eux se rapproche d’un bâtiment et commence à casser un bout de marbre pour se munir d’un bloc. Ils passent.. Les passants les observe silencieux.

 

Lost Art in Kypseli,
have you seen these plastic silkprints? They were on a rooftop and disappeared between 20:30 and 21:15 on wednesday the 17th after the general strike in Athens. Myriam? Est-ce que tu as repris les pièces avec toi? -non. Qu’est-ce qui se passe? -Il n’y a plus rien sur le toit. J’ai vu des gants quand je suis redescendue avec les runners et quand je suis remontée, il n’y avait plus rien.

 

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Wetiko (vagues), 2017
Wetiko Manifesto est un travail photographique rassemblé sous la forme d’un livre.
Wetiko est un monstre de la mythologie amérindienne qui se matérialise sous la forme
d’une bactérie qui une fois infiltrée dans le cerveau humain ouvre la boîte de Pandore.
L’homme se met alors à vampiriser sa propre communauté, culture, son propre
écosystème. Wetiko Manifesto est une ébauche de réponse à ce pessimisme ambiant.
Mélangeant images de plusieurs types, le propos est construit autour d’un écosystème,
d’une diégèse dans laquelle le spectateur se promène au rythme des vagues.

 

Pour cette installation, une image de vagues a été extraite de la série et rematérialisée
par une impression en sérigraphie sur plastique.

 

Ecrits en bateau. (C&S)

Derrière les célestes récifs obstruant l’occident, le soleil évoluait lentement; par
moments, la lumière se résorbait comme un poing qui se ferme et le manchon nébuleux
ne laissait plus percer qu’un ou deux doigts étincelants et raidis. Ou bien un poulpe
incandescent s’avançait hors des grottes vaporeuses, précédant une nouvelle rétraction.
Au début, l’astre est architecte. Ensuite seulement quand ses rayons parviennent
réfléchis et non plus directs, il se transforme en peintre. La pleine lumière est l’ennemie
de la perspective, mais, entre le jour et la nuit, il y a place pour une architecture aussi
fantaisiste que temporaire. Avec l’obscurité, tout s’aplatit de nouveau. Peu à peu, les
profondes constructions du soir se replièrent. La masse qui, tout le jour, avait occupé le
ciel occidental parut laminée comme une feuille métallique qu’illuminait par-derrière un
feu d’abord doré, puis vermillon, puis cerise.

Pour les savants, l’aube et le crépuscule sont un seul phénomène et les Grecs
pensaient de même, puisqu’ils les désignaient d’un mot que l’on qualifiait autrement
selon qu’il s’agissait du soir ou du matin. En réalité, rien n’est plus différent que le soir et le matin.
Voilà pourquoi les hommes prêtent plus d’attention au soleil couchant qu’au
soleil levant; l’aube ne leur fournit qu’une indication supplémentaire à celles du
thermomètre. Tandis qu’un coucher de soleil les élève, réunit dans de mystérieuses
configurations les péripéties du vent, du froid, et de la chaleur ou de la pluie dans
lesquels leur être physique a été ballotté. Et ce spectacle offre une sorte d’image en
réduction des combats, des triomphes et des défaites qui se sont succédé pendant
douze heures de façon palpable, mais aussi plus ralentie. L’aube n’est que le début du
jour; le crépuscule en est une répétition.
Se souvenir est une grande volupté pour l’homme, mais non dans la mesure où la
mémoire se montre littérale, car peu accepteraient de vivre à nouveau les fatigues et les
souffrances qu’ils aiment pourtant à se remémorer. Le souvenir est la vie même, mais
d’une autre qualité. Aussi est-ce quand le soleil s’abaisse vers la surface polie d’une eau
calme, telle l’obole d’un céleste avare, ou quand son disque découpe la crête des
montagnes comme une feuille dure et dentelée, que l’homme trouve par excellence,
dans une courte fantasmagorie, la révélation des forces opaques, des vapeurs et des
fulgurations dont, au fond de lui-même et tout le long du jour, il a vaguement perçu les
obscurs conflits.

Rien n’est plus mystérieux que l’ensemble de procédés toujours identiques, mais
imprévisibles, par lesquels la nuit succède au jour. Sa marque apparaît subitement dans
le ciel, accompagnée d’incertitude et d’angoisse. Nul ne saurait pressentir la forme
qu’adoptera, cette fois unique entre toutes les autres, la surrection nocturne. Par une
alchimie impénétrable, chaque couleur parvient à se métamorphoser en sa
complémentaire alors qu’on sait bien que, sur la palette, il faudrait absolument ouvrir un
autre tube afin d’obtenir le même résultat. Mais, pour la nuit, les mélanges n’ont pas de
limite car elle inaugure un spectacle faux : le ciel passe du rose au vert, mais c’est parce
que je n’ai pas pris garde que certains nuages sont devenus rouge vif, et font ainsi, par
contraste, paraître vert un ciel qui était bien rose. La nuit s’introduit donc comme par
supercherie. Il suffisait de considérer la véritable mer, bien en dessous, pour échapper
au mirage : ce n’était plus la plaque ardente de midi, ni la surface gracieuse et frisée de
l’après-dîner. Les rayons du jour, reçus presque horizontalement, n’éclairaient plus que
la face des vaguelettes tournées vers eux, tandis que l’autre était toute sombre. L’eau
prenait ainsi un relief aux ombres nettes, appuyées, creusées comme dans un métal.
Toute transparence avait disparu.

 Alors, par un passage très habituel, mais comme toujours imperceptible et instantané,
le soir fit place à la nuit. Tout se trouva changé. Dans le ciel opaque à l’horizon,
puis au-dessus d’un jaune livide et passant au bleu vers le zénith, s’éparpillaient les derniers
nuages mis en œuvre par la fin du jour. Très vite, ce ne furent plus que des ombres
efflanquées et maladives, comme les portants d’un décor dont, après le spectacle et sur
une scène privée de lumière, on perçoit soudain la pauvreté, la fragilité et le caractère
provisoire, et que la réalité dont ils sont parvenus à créer l’illusion ne tenait pas à leur
nature, mais à quelque duperie d’éclairage ou de perspective. Autant, tout à l’heure, ils
vivaient et se transformaient à chaque seconde, autant ils semblent à présent figés dans
une forme immuable et douloureuse, au milieu du ciel dont l’obscurité croissante les
confondra bientôt avec lui. »

[Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, 1955, Pocket « Terre Humaine » pp. 65-74]

sérigraphies sur plastique
série de 6 + 3 EA
taille: 100 x 65 cm

 

Impressions sérigraphie : Atelier Obscur, Lausanne
Le plastique est un matériau qui change de couleurs en fonction de son exposition au
soleil. Il est donc possible que le plastique fonce durant l’exposition.