Brutti ma Buoni

 

 

Pièce jointe

Il y a quelques années au CEPV, Patrick Hari et Stefan Burger organisaient un workshop avec les étudiants de la formation supérieure en photographie. Le thème : la cuisine et la photographie. Ils mangeront une soupe de lentilles passée à travers un agrandisseur, des aliments blancs à la lumière rouge du laboratoire, ou encore une fondue en trois temps : révélateur, bain d’arrêt et fixateur, en hommage au développement argentique.
Dès septembre 2017, les étudiants de la formation supérieure en photographie se sont attelés à la réalisation d’images en lien avec des recettes fournies par les enseignants et les trente intervenants qui visitent l’école chaque année. Donner de la confiture au cochon pour préparer un boudin de la Saint-Martin 2.0. Un gâteau au chocolat de son enfance. Un rôti à la mode des camionneurs ukrainiens nécessitant un sac plastique afin de cuire la viande à point. Une salade niçoise en écho aux textes de Roland Barthes ou encore un pain de viande rappelant une scène d’un film de Chantal Ackerman.
Après avoir englouti les recettes, certains carbonisent des sardines, apprêtent des carottes, cuisinent ensemble, se tartinent de farine, d’autres fabriquent des pizzas dans la nature ou créent des compositions picturales avec des oeufs et du lait. Durant six workshops, les étudiants ont cuisiné pour les comédiens du Théâtre 2.21, réalisé des compositions en studio, imaginé des modes de cuisson en plein air, créé des lasagnes humaines à coup de matelas. Bref, ils ont pris leurs libertés et exploré l’histoire racontée avec la recette tout autant que les multiples registres narratifs de la photographie.
Brutti ma buoni
Au cours de la fabrication d’un livre et d’une exposition photographique, on peut appliquer certaines des règles de cuisine. Il s’agit dans les trois cas de créer une composition dont certains ingrédients donneront l’étincelle nécessaire, alors que d’autres en fourniront la préparation consistante. De justes mesures en termes de quantité, d’équilibre et d’expérimentation donneront à toute recette ce goût de reviens-y.
Pour Brutti ma buoni, le livre et l’exposition du même nom, Myriam Ziehli et Pauline Piguet ont travaillé sous deux angles différents. Dans le livre, la question de l’incorporation des ingrédients et de leur ordonnance prévaut : couverts de notes au fur et à mesure des festins, tâchés d’huile, écornés par les années, les livres de recettes ont cela pour eux qu’ils peuvent accompagner la réussite de belles agapes. Dans l’exposition, c’est une mise en scène installative qui sera proposée, mêlant l’atmosphère que peut donner le fumet d’un plat tout juste sorti du four ou la lumière tamisée de quelques bougies posées sur le coin de la table de la cuisine.
Photographes : Gabrielle Besenval, Pascal Blum, Ludmila Claude, Nina Cuhat,
Maciej Czepiel, Marine Dias Daniel, Bianca De Luca, Maxime Genoud, Meryl Henchoz, Emilien Itim, Mona Joseph, Aude Juillerat, Aria Konishi, Eden Levi Am, Frédéric Liverdon, Raphaël Lods, Daniela Marchetta, Lorenzo Merlanti, Nancy-Lara Millan, Léonard Rossi, Jessie Schaer, Clovis Paul Toraman, Nora Teylouni, Nikita Thévoz et Ilona Tschümperlin
Un projet réalisé dans le cadre des ateliers photographiques proposés par :
Nicolas Delaroche, Roberto Greco, Patrick Hari, Cécile Hesse & Gaël Romier, Laura Letinsky et Dylan Perrenoud
Avec les recettes de : Laia Abril, Frédéric Bachmann, Valérie Belin, Caroline Bernard, Mathieu Bernard-Reymond, André Cepeda, Paul Cottin, Donigan Cumming, Nicolas Delaroche, Gilbert Fastenaekens, Andreas Fontana, Anne Golaz, Roberto Greco, Yann Gross, Patrick Hari, Guillaume Herbaut, Cécile Hesse & Gaël Romier, Eva Leitolf, Laura Letinsky, Eric Nehr, Virginie Otth, Danaé Panchaud, Christian Patterson, Dylan Perrenoud, Regine Petersen, Ariane Pollet, Reiner Riedler, Nicolas Savary, Rudolf Steiner, Hellen van Meene, Léonore Veya et Najat Zein
Direction artistique : Myriam Ziehli
Publication
Conception graphique : Pauline Piguet
Textes : Salomé Kiner
Relecture : Florence Schluchter
Production : Artgraphic Cavin SA, Grandson
Sur une idée de Léonore Veya et Nicolas Savary
Exposition
Conception graphique : Pauline Piguet
Soutien à la production : Chloé Cardinaux
Design des tables : Lucas Uhlmann
Textile : Safia Semlali
Design de l’étagère : Simon Deppierraz
Sérigraphie : L’Atelier Obscur, Renens

10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi01 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi04 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi03 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi02 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi05 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi06 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi09 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi11 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi14 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi17 10_CEPV_CEPV_MathildaOlmi16

Photos d’expo: Mathilda Olmi pour le festival Images. Merci!
Brutti ma Buoni
Antipasti
{Bruits d’oiseaux} Il entre dans la cuisine par la droite. C’est une grande cuisine,
tout y est soigneusement rangé. D’un côté, à gauche, un mur de carrelages. A
droite, il y a les frigos vitrés. Chaque ingrédient est parfaitement disposé sur les
rayons. Il y a du beurre et de la moutarde. Au fond, un petit pot de sauce tomate.
L’homme sort une assiette d’une étagère. Un autre dort allongé sur le plan de
travail. Il se réveille à l’entrée du premier. Tout deux restent silencieux. La lumière
dans la cuisine indique qu’il fait jour depuis longtemps. Une longue soirée, la veille
probablement. Le premier homme sort des oeufs du frigo et les casse un à un dans
un récipient en métal brillant pourtant usé par les années. Il mélange délicatement
avec une fourchette.1
Sur une idée de Léonore Veya et de Nicolas Savary, on a parlé de manger, puis on a mangé
ensemble, plusieurs fois. La cuisine imaginaire, la cuisine de l’enfance, la cuisine des chefs,
la cuisine de la maison, la cuisine pour les convives. Puis on s’est souvenu de ce workshop
il y a quelques années au CEPV. Patrick Hari et Stefan Burger organisaient un atelier avec
les étudiants de la formation supérieure en photographie. Le thème : la cuisine et la
photographie. Ils mangeront une soupe de lentilles passée à travers un agrandisseur, des
aliments blancs à la lumière rouge du laboratoire, ou encore une fondue en trois temps :
révélateur, bain d’arrêt et fixateur, en hommage au développement argentique.
Dès septembre 2017, Gabrielle Besenval, Pascal Blum, Ludmila Claude, Nina Cuhat,
Maciej Czepiel, Marine Dias Daniel, Bianca De Luca, Maxime Genoud, Meryl Henchoz,
Emilien Itim, Mona Joseph, Aude Juillerat, Aria Konishi, Eden Levi Am, Fred Liverdon,
Raphaël Lods, Daniela Marchetta, Lorenzo Merlanti, Nancy-Lara Millan, Léonard Rossi,
Jessie Schaer, Nora Teylouni, Clovis Paul Toraman, Nikita Thévoz et Ilona Tschümperlin se
sont attelé.e.s à la réalisation d’images en lien avec des recettes fournies par les
enseignant.e.s et les intervenant.e.s qui visitent l’école chaque année. Donner de la
confiture au cochon pour préparer un boudin de la Saint-Martin 2.0. Le gâteau au chocolat
de son enfance. Un rôti à la mode des camionneurs ukrainiens nécessitant un sac plastique
afin de cuire la viande à point. Une salade niçoise en écho aux textes de Roland Barthes ou
encore un pain de viande rappelant une scène d’un film de Chantal Ackerman.
Timballo
{Les gestes répétés jusqu’à l’infini pour tenter de parfaire la forme et la
consistance. C’était un tout petit restaurant dans le sud de l’Italie, les trois tantes.
Ou alors un plus grand
dans le coeur du New York italien. Des pâtes aux pois chiche, une purée de fèves,
certainement quelques fruits de mer frits.}
A chaque passage de fourchette, une petite goutte de jaune tombe sur le plan de
travail en inox. L’homme n’y prête aucune attention. {Flash} Un homme et une
femme se font passer un jaune d’oeuf dans la bouche jusqu’à ce que celui-ci
éclate. Pendant ce temps, une poêle chauffe sur le gaz. Il y verse les oeufs et
remue avec une spatule en bois.1
Après avoir englouti les recettes, certain.e.s carbonisent des sardines, apprêtent des
carottes, cuisinent ensemble, se tartinent de farine, d’autres fabriquent des pizzas dans la
nature ou créent des compositions picturales avec des oeufs et du lait. Durant six ateliers
avec Nicolas Delaroche, Roberto Greco, Patrick Hari, Cécile Hesse & Gaël Romier, Laura
Letinsky et Dylan Perrenoud, les étudiant.e.s ont cuisiné pour les comédien.ne.s du Théâtre
2.21, réalisé des compositions en studio, imaginé des modes de cuisson en plein air, créé
des lasagnes humaines à coup de matelas. Bref, ils ont pris leurs libertés et exploré
l’histoire racontée avec la recette tout autant que les multiples registres narratifs de la
photographie.
Brutti ma Buoni
{Mouvement dans la cuisine, on entend un camion passer au loin.}
Il prend deux assiettes et deux fourchettes. L’autre homme s’est assis sur le plan
de travail à côté de lui. Il grignote un morceau de pain pendant que le premier sert
l’omelette dans les deux assiettes. La poêle continue de frire, les deux hommes se
mettent à manger en silence. Nostalgie teintée de jaune soleil et d’odeurs de
jasmin-lavande-eucalyptus-romarin et herbe à curry. Le deuxième homme, s’est
fait une tartine à l’omelette et la mange ou prenant soin de placer sa deuxième
main sous la première pour éviter de faire tomber des miettes.1
Pour Brutti ma Buoni, le livre et l’exposition du même nom, Myriam Ziehli et Pauline Piguet
ont travaillé sous deux angles différents. Dans le livre, la question de l’incorporation des
ingrédients et de leur ordonnance prévaut: couverts de notes au fur et à mesure des festins,
tâchés d’huile, écornés par les années, les livres de recettes ont cela pour eux qu’ils
peuvent accompagner la réussite d’agapes merveilleuses. En délicieux supplément, Salomé
Kiner est conviée à raconter des histoires partant des recettes.
Dans l’exposition, c’est une mise en scène installative qui est proposée, à partir de scènes
de films, d’anecdotes, d’observations, d’expériences dans les restaurants, dans les cuisines
intimes. C’est l’univers culinaire qui est retranscrit dans l’exposition, les supports de cette
cuisine imaginaire sont méticuleusement sélectionnés comme ingrédients à la mise en
espace des images. Les dispositifs renvoient aux matériaux de cuisine : bois, inox, tissu des
torchons, papier des livres de cuisine ou encore vitres transparentes des frigos
surdimensionnés – et font écho à l’architecture du bâtiment. Pour cette occasion,
l’exposition vient se faufiler dans les recoins de l’espace se confrontant ainsi avec le
quotidien de cet endroit particulier adjacent à la cafétéria de l’école.
1 librement inspiré des films: Tampopo de Juzu Itami (1985) et Big Night de Campbell Scott
et Stanley Tucci (1996)